« Face à la terrible obstination du mal, répondre par l'obstination du témoignage ! » [Albert Camus]

Ecoute, Nicolas, la Commune n’est pas morte!

17.03.2010
de: Diane Gilliard dans: Actualités

Jean Ferrat est mort. Déferlante de guimauve, torrents de larmes de crocodile dans la presse et sur toutes les télés et radios françaises. Toutes? Non. Une émission a fait la différence. Par les messages de ses auditeurs. C’était lundi après-midi 15 mars, dans Là-bas si j’y suis.

Evidemment, faire de la sociologie à partir du répondeur de Là-bas si j’y suis, ce n’est pas sérieux. Les AMG, auditeurs modestes et géniaux, qui s’y expriment sont un concentré de syndiqués, de militants, contestataires, libertaires, révoltés, râleurs, grandes gueules, marginaux et originaux de tout poil, unis dans leur rejet du pouvoir en place aujourd’hui en France. C’est vrai aussi qu’ils ne sont probablement plus très jeunes: bon nombre sont sans doute des «enfants des Trente glorieuses», comme disait Mermet. Mais quel bien ça fait de les entendre dans leur hommage à Jean Ferrat!

Larmes retenues, gorges serrées, et très peu de sensiblerie. Leur affaire, c’est la lutte sociale, la solidarité, l’engagement pour un monde meilleur, le refus de tourner sa veste, de se résigner à la cruauté du monde, l’espérance malgré tout. Des mots ressurgissent: opprimés, résistance, communisme, monde à construire. Pour eux, Jean Ferrat n’était pas le «chanteur engagé» ou le poète de «l’érotisme prolétarien» (?) encensé par les gazettes, mais un compagnon qui ne les a jamais quittés depuis leur jeunesse.

Ils confirment, au fil de leurs messages, le commentaire introductif de Mermet: Jean Ferrat a accompli l’exploit extraordinaire de rester populaire malgré sa longue disparition médiatique. «Parce qu’il était sincère, c’est tout.» Et c’est comme ça qu’il a réussi à toucher profondément le cœur de tous.

Alors ils ont appelé de partout, les AMG en deuil. Beaucoup de femmes, des hommes, aussi. Des accents du Nord, du Sud-Ouest, du Val-de-Marne. Florilège.

L’intello: «Tu étais ma France, celle des ouvriers, des travailleurs, des gens de gauche.» La mère de famille: «Nous l’aimions tant, ses réflexions sur ses engagements, le recul qu’il a toujours eu… Au fait, c’est chouette de voir les gauchos de notre espèce reprendre espoir au vu des résultats [des élections régionales]!» Une autre femme, la voix cassée, dit qu’elle est traversée par un immense chagrin et ajoute: «Jean Ferrat, je prononce ton nom avec un immense respect, moi qui suis si peu respectueuse de l’ordre établi. Tu nous as permis de nous élever, encore et toujours.»

Une autre, encore: «Je ne sais pas parler au téléphone comme ça, je ne suis pas une intello. J’étais simplement ouvrière, comme il y en avait tant d’autres. Et aujourd’hui, je suis amputée par la mort de notre grand Jean Ferrat. C’est difficile à passer, ce cap, parce qu’il se passe tant et tant de choses dans notre France d’aujourd’hui, où tout va mal. Nous avons des espérances, mais c’est quand même si dur, la vie, avec les immigrés qu’on renvoie, les ouvriers qui sont chassés, cette jeunesse qui va mal.»

Ils disent qu’ils aimaient Jean Ferrat, «égoïstement», parce qu’il a si bien chanté d’eux, les gens du peuple, qu’il a influencé ce qu’ils sont devenus, avec leur envie de se retrouver «toujours aux côtés des opprimés, contre toute forme de pouvoir tyrannique, financier, moral ou autre». Parce qu’il ne s’est jamais renié, qu’il a été constant dans ses convictions communistes. C’était un résistant.

A les entendre, on se prend à penser qu’en France, aujourd’hui, malgré Sarkozy, l’omniprésence obscène du fric pour quelques-uns, le racisme et la xénophobie encouragés au plus haut niveau de l’Etat, les flots de bêtise et de mensonges médiatiques, de nombreux Français refusent de se soumettre. Ferrat l’a dit, l’a écrit, il n’a pas voulu retourner sa veste ni se résigner: «Que d’autres que moi chantent pour des prunes / Moi je resterai fidèle à l’esprit Qu’on a vu paraître avec la Commune / et qui souffle encore au cœur de Paris». Ses admirateurs le prennent au pied de la lettre : ils refusent de retourner leur veste, ils ne se résignent pas. Et ça donne du courage.

Image: Barricade à Paris, le 18 mars 1871. Wikimedia Commons

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Derniers commentaires

#257 Zisyadis 17.03.2010 15:46 Magnifique hommage, merci !

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